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Droit international et incohérences
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Barrucand Pierre - mercredi 09 avril 2008
serbie
En Europe, entre 1815 et 1848, la Sainte Alliance figea les frontières et les régimes en place au point que le très pieux Pape Grégoire XVI soutint la Russie contre les insurgés
polonais catholiques. Cette politique eut quand même le mérite d’assurer la paix pendant cette période. Puis le continent entier fut bousculé au nom de la liberté des
peuples à disposer d’eux-mêmes, un principe qui ne permet pas de définir ce qu’est un peuple d’où la possibilité d’émergence des séparatismes les plus variés. Les États
africains, ainsi enfermés dans les anciennes frontières coloniales, ne sauraient être les États d’un peuple, les troubles récents du Kenya en front preuve. On a donc deux principes
idéologiques incompatibles.
Or, presque concomitamment, on vient d’utiliser les deux. D’une part, on a tout fait pour séparer le Kosovo de la Serbie, alors même que ce pays est le berceau historique de
celle-ci. D’autre part, on a envoyé des troupes « internationales » envahir l’Île d’Anjouan pour la réintégrer par la force, dans l’État des Comores dont elle avait commis
le crime de se séparer. Or, parmi ces troupes, on trouve des… Soudanais !
Le Soudan est un pays qui massacra, pendant des décennies, ses minorités non musulmanes et dont le comportement actuel du Darfour est tel que l’on envisage (timidement) une «
ingérence » qui, elle, serait peut-être justifiée !
Dans le cas d’Anjouan, on ne peut qu’éprouver un désagréable malaise en se demandant si, nonobstant un antiracisme claironné, affirmé, beaucoup de dirigeants de la « Communauté
Internationale » ne pensent pas au fond d’eux-mêmes : « Bof, ce ne sont que des Nègres ». En même temps, ceux-là même qui avaient bombardé la Serbie et implanté leur présence au
Kosovo devaient intervenir contre des manifestants réclamant la séparation du Nord Kosovo. Intervention policière peut-être justifiée mais qui, elle aussi, crée un malaise : les
Serbes sont-ils des sous-hommes à traiter comme tels, voire un peuple pervers et criminel ? De fait, le « procureur au Tribunal international » Carla del Ponte a donné à beaucoup
l’impression d’une rare partialité.
Il y a quelques dizaines d’années, se constitua un État turc du Nord de Chypre que nul ne reconnut sauf la Turquie, « on » ne sait pourquoi. « On » ne sait pourquoi
aussi on insiste pour une réunification dont on ne voit pas l’avantage. Toutefois, on ne traite pas les Turcs de Chypre comme de vulgaires Anjouannais et on n’envoie pas des
Soudanais ! Mais pourquoi pas ? Notons, pour finir, que c’est sans joie que l’Union européenne salua l’indépendance retrouvée du Montenegro, pourtant un très ancien État. Pourquoi ?
Pourquoi seul le Kosovo aurait-il droit d’indépendance ?
Même si l’indépendance d’Anjouan ou de l’État turc de Chypre ne menaçait personne, la reconnaissance par beaucoup de pays européens d’un Kosovo arraché à la patrie serbe par une
invasion américaine (pourquoi ?) ou même française (!) outre la possibilité d’un rapprochement « défensif » entre Serbie et Russie, ouvre la voix à bien des séparatismes parfois
dangereux.
Si le mouvement en Bretagne est devenu simplement culturel et économique, il en est différemment en Corse et au Pays basque et qui ne comprendrait l’inquiétude de l’Espagne
?
D’autre part, on se souvient que, il y a quelque temps, le gouvernement autrichien ayant inclus quelques membres d’un parti suspect de quelque compréhension de certains éléments du
nazisme, il fut « grondé » par l’Union européenne. Or, à Chypre, un communiste avoué, avéré, vient d’être élu président de la République sans que nul ne s’en inquiète, pas même les
USA si fiers d’avoir « démocratisé » et « libéré » le Kosovo ! Pourtant, rien ne suggère que cet homme ait modifié quoi que ce soit de ses convictions « léninistes ». Certes, il ne
pourrait que difficilement imposer la « dictature du prolétariat », mais il peut perturber les mécanismes institutionnels et surtout économiques, appauvrissant ainsi le pays, et
également affaiblir les institutions de l’UE.
Tous ces faits donnent l’impression d’une incohérence totale frappant les organisations internationales et même les gouvernements, y compris bien sûr celui des USA. Étant donné la
gravité de la crise économique mondiale et les tensions dans divers pays, notamment en Afrique, cela n’a rien de rassurant.
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