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  • : ILES DE LA LUNE-ACTUALITES DES COMORES
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  • : Ce Blog est un travail collectif. Les articles n'engagent que la responsabilité des auteurs . Les commentaires sont libres dès qu'ils respectent la net-étiquette Le qualificatif îles de la lune est semble-t-il le nom que les navigateurs arabes donnaient à l'Archipel des Comores et qui lui est resté.
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HUMEUR !



Si l’on s’en tient à la définition du Petit Larousse :

Elite : ce qu’il y a de meilleur, de plus distingué dans une société.

Elites : personnes qui occupent le premier rang par leur formation intellectuelle.

Avant l’indépendance, l’élite intellectuelle émanait directement de l’élite sociale, par une volonté du colonisateur de formater ses futurs cadres, parce que la démocratisation de l’enseignement n’était pas instaurée, dans ses colonies, comme d’ailleurs en métropole. La bourse d’études était souvent accordée comme une récompense à la collaboration, même si dans le même temps une sélection des « cerveaux » n’était pas absente.

Cela n’a pas empêché l’émergence de quelques brillants intellectuels. Pendant que quelques-uns uns choisirent de s’insérer dans la classe politique comorienne, parfois avec brio, d’autres firent défaut à la nation, en privilégiant l’exil, le silence, et leur destin individuel.

Après l’indépendance, l’épopée Ali Soilih, si elle a permis l’érection d’une théorie du
développement, la culture d’un patriotisme et d’une identité nationale n’a pas su concilier compétences et idéologie, s’appuyant sur le verbe et la malléabilité d’une élite inachevée et immature.

La tragédie du FD découle de son propre fonctionnement, bâti sur le culte des leaders, à l’envergure intellectuelle quelquefois médiocre, éloigné des réalités sociologiques du pays, et se nourrissant des frustrations sociales ; le FD, comme beaucoup de partis socialistes dans le monde sacrifiant au militantisme et à sa survie plutôt qu’à la transformation politique du pays.

On ne peut cependant pas ignorer sa conduite résistante à l’oppression.

L’époque Abdallah, vit l’étouffement de cette élite intellectuelle, l’élévation en classe politique des notables, sans même qu’une théorie du pouvoir soit conçue et ceux qui surent s’y intégrer la transformèrent en rente de situation.

Puis vint l’ère de la « démocratie », l’ère des technocrates, les vrais et les faux…alors que le pouvoir tenta de se transformer en seul gestionnaire, sans ambition, sans projets. Et le diplôme fut confondu avec la compétence, et le diplôme fut le sésame qui ouvrit les portes de l’être et du paraître plutôt que celui de l’action.

Et, nous en sommes là, submergés par la horde des « techniciens » promus « experts », des diplômés qui exigent  comme un dû une place au pouvoir, dans les cadres organiques, sans adhésion aucune à un projet global, sans même exprimer de théorie de la réforme, sans volontés et sans rêves, simplement adoubés à un chef, interchangeable.

Corruption, suffisance, Grand Mariage, sont les attributs de leur passage !

Ils sont responsables par exemple de l’énorme échec de notre éducation nationale, parce que soucieux de leur sort, ils n’ont pas appréhendé le devoir qui était le leur d’élever des générations capables de penser, d’agir. Ils ne renvoient que leur propre médiocrité.

Et ceux qui sont réduits au silence, ceux qui à force d’accumuler dégoût, déception, ont l’impression de n’avoir plus de pays ont-ils renoncé à tout jamais ? Sans aucun doute, il reste encore des voix, des compétences, des rêves. Mais reste-t-il un pays ?

Il ne leur reste que des mots ! C’est aussi ce que l’on voudrait leur faire croire !

On leur renvoie le mépris de leurs mots, on leur renvoie le mépris de leurs rêves ! On fait de l’argent le seul moteur de la survie, en ignorant qu’au-delà de sa fonction, il y a encore une âme comorienne, une fraternité, de l’honneur gratuit, et une émulation collective à reconquérir pour écrire une histoire !

Lundi 29 octobre 2007
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Disons le tout de suite : L'union  des Comores n'est pas une 4°, (voire 5° si l'on intégre Mayotte)  île qui aurait pour vocation de dominer les autres .!

Disons le tout de suite : Hormis  la necessité de concourir à l'unité du pays, à son developpement, et à la nécessaire synergie pour le maintien des liens et des objectifs communs, les îles n'ont pas de relation de subordination par rapport à l'Union! Il n' y a non plus aucune relation de cet ordre entre elles.

Disons le tout de suite: Les îles ne sont pas non plus des électrons libres  qui peuvent au hasard   des contingences s'émanciper de leurs devoirs de solidarité, de coopération et de collaboration!

Pourquoi? parce que les citoyens des  différentes entités insulaires circulent  librement, s'établissent librement, et  nouent des liens économiques, familiaux , sociaux d'une île à l'autre!

L'erreur n'a t-elle pas été, à un moment ,de penser que  l'établissement  de l'armée nationale dans les îles serait le premier gage de l'affirmation  de leur appartenance à l' ensemble national? 

L'armée, qui rappelons le,  a pour mission essentielle et première  de défendre  les territoires  de l'union  des agressions extérieures.!  Est ce à dire qu'elle pourrait intervenir à un moment ou à un autre sur une partie du territoire,  sans que  les autorités locales soient  associées à la stratégie de défense, d'occupation  des infrastructures. ?

Non, et non !! La stratégie de defense de notre pays impose que celle ci soit adoptée, éprouvée par toutes les forces amenées à resister , qu'elles soient politiques et militaires.
La crise anjouanaise découle directement de cette impasse. L'implantation de l'AND à Anjouan, tentée alors même que le conflit sur les forces de sécurité intérieures n'avait pas été réglé,  nécessitait absolument que les autorités de l'île s'inscrivent dans une stratégie de défense globale  et que le déploiement de celle ci fasse l'objet de concertation, de choix techniques et  de collaboration ; Car, il ne faut pas voir le statut de chef des armées du Président de  l'union, comme un privilège, mais comme le devoir absolu qui lui incombe de preserver l'intégrité du territoire partout . Comment imaginer par exemple que l'invasion possible d'une partie du territoire n'interesserait que la partie détachée de notre armée , et ne nécessiterait pas l'emploi de toutes nos ressources.
NOus avions un conseiller spécial chargé de la defense!  Comment doit-on interprêter le fait qu'à aucun moment, il n'ait souhaité interesser les forces vives exécutives sur tout le territoire aux impératifs stratégiques et préféré faire du déploiement de l'AND un seul symbole?

Peut-on imaginer aussi que les dérives séparatistes d'une île ne soient que le problème de l'Union, et pas celui des autres îles?

Faut-il oublier que lorsque cela se produit, ce sont les mécanismes de solidarité qui ne peuvent plus s'exercer, ce sont l'égalité des droits et des devoirs des citoyens qui ne s'exercent plus, ce sont l'accès aux services publics qui sont spoliés, ce sont les indispensables échanges économiques , commerciaux, coopératifs qui ne peuvent s'exercer.

On pourra dire tout ce que l'on veut , des états peuvent politiquement prospérer ou survivre mais à l'heure de la mondialisation, aucun ne peut vivre isolé, seul et sans la garantie d'une superstructure économique. Et, donc quand bien même nos îles connaitraient chacune un destin séparé, économiquement, elles n'ont pas d'avenir. La meilleure preuve n'est elle pas Mayotte qui, bien qu'injustement soustraite à l'Union, doit bon gré, malgré, assumer sa comorianité!

Pour autant, est ce que les îles peuvent instaurer entre elles des schémas de collaboration en omettant l'organe régulateur, pacificateur que serait  une institution de l'Union bien gérée?
Non, car l'Union est là pour garantir la dette, pour préserver les droits des uns chez les autres, l'égalité de tous ! Peux -t-on imaginer qu'une conféderation ferait de certains insulaires des étrangers, soumis au visa, des sous-citoyens seulement tolérés en vertu d'accords bilatéraux. Que de drames en perspective !

Pour cette raison, peut-on croire que la crise avec ANJOUAN, n'est que le problème de l'institution Union? Non, c'est le problème de la nation toute entière. C'est donc avec juste raison que le Président de l'Assemblée nationale admoneste le Président Sambi. C'est aussi la raison pour laquelle, il ne faut pas laisser la seule diplomatie de l'UNion s'emparer du problème, car ce n'est pas un problème diplomatique, mais un problème intérieur; c'est la raison pour laquelle, puisque l'Union Africaine est saisie, il faut que les exécutifs de toutes les îles soient associés à la solution. Or, que voit-on ? Les présidents précedents et actuels s'abritent derrière leur statut en observateurs prêts à saisir la première opportunité pour tirer les marrons du feu!

La solidarité entre les îles s'exercera économiquement, financièrement, socialement et forcémment en cas de nécessité militairement.

Si l'on accepte l'idée que ce qui a mis le feu aux poudres est bien la décision de déployer l'AND à Anjouan, que les réactions anjouanaises ont fait croire au Président Sambi qu'il pouvait changer les règles du jeu electoral, il faut accepter l'idée que ABDULWAHAB est le premier responsable du conflit., même si la personnalité de Mohamed Bacar est celle qu'on décrit!

Un de mes amis dit: "Il n'est pas nécessaire de priver quelqu'un de ses armes, il suffit simplement de ne pas lui donner les pretextes de s'en servir". C'est bien comme cela que depuis des decennies , la dissuasion fonctionne dans le monde!

Alors, imaginons que Mr ABDULWAHAB veuille racheter son erreur? La principale est sans doute de prendre ses décisions dans la solitude, se privant ainsi de discernement.

Aucune action ne sera profitable tant qu'on ne se dotera pas des moyens de faire de notre nation l'Union des Comores autre chose qu'une enveloppe formelle sans consistance. c'est à cela qu'il faut s'attacher
 
Vendredi 26 octobre 2007
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CQFD N°042


DEUX ÎLES EN QUATRE PORTRAITS

ANJOUAN GAGNE MAYOTTE

 Auteur : Yohanne Lamoulère, Yasmine Guenniche.

Déclarée illégale par l’ONU, la partition de Mayotte d’avec les Comores indépendantes s’est aggravée avec le visa Balladur [1]. État des lieux d’un apartheid à tiroirs à travers les portraits d’un futur clandestin, d’un passeur, d’une étudiante et d’un flic de la PAF [2] stressé.

C‘EST L’HISTOIRE DE quatre îles perdues entre l’Afrique et Madagascar. D’un côté Mayotte la Française, prétentieuse et riche des subsides de la Mère Patrie. De l’autre Grande-Comore, Mohéli et Anjouan, les trois frangines indépendantes depuis 1975, pauvres et empêtrées dans un imbroglio économico-politique à la Françafrique. Anjouan regarde Mayotte, mais Mayotte ne voit plus rien. D’un côté on veut tout ignorer de ses frères comoriens, de l’autre on peut écouter Radio-Mayotte en rêvant de traverser 90 km de mer en kwassa-kwassa pour débarquer clandestin. On peut faire le grand saut depuis Domoni, ville du sud de l’île d’Anjouan. Ici les kwassas sortent tous les jours, même en pleine saison des pluies, comme maintenant.

Ali le voyageur n’a pas peur. Il dit avoir dix-huit ans et toute sa famille est déjà de l’autre côté. Il se prépare à la traversée depuis deux ans et attend impatiemment avec une quinzaine d’autres garçons de pouvoir embarquer sur une chaloupe. Deux heures de navigation incertaine jusqu’à Mahore la promise, l’inespérée. Ali a payé cent euros parce qu’il est Anjouanais. Pour les Mohéliens et les Grands Comoriens, le tarif peut doubler. Attendre fait partie du prix du voyage. L’agence pirate, véritable tour-opérateur pour clandestins, prend en charge le logement et la nourriture ou adresse ses clients à la mosquée du coin. Un drôle de classique sous les cocotiers. Ali veut devenir maçon, épargner et revenir pour ouvrir un petit commerce.

Hier deux passeurs ont disparu pendant le voyage du retour. Toute la profession s’est mobilisée, abandonnant les clients, qui resteront un jour de plus à terre. Ali s’en fout, il croit en Dieu et aussi au destin. Combo le passeur était pêcheur jusqu’en 2004. Depuis, son salaire mensuel est passé de 50 à 1 200 euros. Il est employé par une agence pirate qui a pignon sur rue à Domoni et qui dispose de deux barques, quatre passeurs et quatre techniciens. Après déduction des frais d’essence et du paiement des rabatteurs (vingt euros par client), le patron et le passeur encaissent chacun 50 % des bénéfices. À raison d’une vingtaine de passagers par voyage, avec une moyenne de quatre allers-retours par semaine, le compte est bon. (JPEG) En cas d’arraisonnement par la PAF, le patron prend en charge la famille du passeur pendant la durée de son incarcération (jusqu’à deux ans ferme). Dans la société comorienne, Combo cumule deux handicaps : il était pêcheur et il est très noir de peau. À vingt-neuf ans, il est encore célibataire et n’a peur de rien.

D’après Combo, ceux qui utilisent une boussole se retrouvent à Madagascar, lui ne suit que les étoiles. Il organise des prières collectives sur sa « vedette » et dit que si les clandestins meurent, c’est parce que les bateaux de la PAF éperonnent les kwassas. Les passeurs jetant leurs passagers à l’eau avant d’arriver sur la plage par crainte des flics, c’est une légende... Par contre, il sait très bien que pour ceux qu’il transporte, la vie sera dure là-bas, à Mayotte. Ici des Africains ont aussi tenté victorieusement le passage. Une nouvelle porte vers l’eldorado.

Retour à Mayotte, il pleut toujours. Clarisse [3] l’étudiante a dix-neuf ans. Elle est venue à Mayotte avec sa tante en 1989, munie d’un passeport comorien et d’un visa touristique. Elle n’est jamais repartie. Depuis sa majorité, elle possède une carte de séjour renouvelable tous les ans, mais le plus difficile reste à faire. « Mon rêve, c’est devenir puéricultrice, mais mon inscription a été refusée parce que je ne suis pas française. J’ai voulu partir en métropole car là-bas c’est possible. Seulement la carte de séjour délivrée ici ne le permet pas. Pour aller en France, il me faut obtenir un visa, et les démarches administratives sont ardues : la personne fournissant un certificat d’hébergement doit justifier d’un CDI, présenter trois bulletins de paye, un avis d’imposition et prouver une surface habitable suffisante. Je ne connais personne en France réunissant ces conditions. Donc je reste à Mayotte, je suis des cours de droit pour pouvoir faire renouveler ma carte de séjour. Tous mes amis comoriens qui ont passé leur bac avec moi sont dans la même situation, on a des papiers et pourtant on est prisonniers sur cette île. On se soutient les uns les autres. » De même que la plupart des textes du code du travail français, les accords de Schengen ne sont pas applicables à Mayotte...

Quant à Gérard [4] le flic, nous ne l’avons jamais rencontré... Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais Gérard préférerait ne pas être cité. Pourtant,avec ses collègues de l’UNSA Police, il a exprimé son désarroi dans un tract diffusé sur l’île. Fonctionnaires à la PAF, ils revendiquent de meilleures conditions de travail : « Surpopulation chronique du centre de rétention, jusqu’à 150 clandestins pour 60 places, pas de véhicules adaptés aux transports des personnes interpellées... » Comment satisfaire le ministère, qui exige un quota annuel de 12 000 reconduites à la frontière ? Pourtant, en octobre, les quotas étaient déjà atteints, mais Gérard et ses copains ont continué à rafler. Les chiffres ont alors explosé pour atteindre 15 000 reconduites. Ce qui n’empêche pas Gérard d’aimer Mayotte. Il sait, « grâce à l’expérience », reconnaître « un vrai Mahorais [5]  » d’un clandestin. « Et puis Mayotte, c’est quand même un peu l’Afrique : quand tu marches dans la rue, les gens te disent bonjour  »... Et « même si mon contrat d’expat’ n’est plus renouvelable dans deux ans, je pourrais essayer de me marier avec une Mahoraise, ou revenir après ma retraite. » Humain, trop humain...

Article publié dans CQFD n° 42, février 2006.


[1] En 1982 l’ONU a adopté une résolution en faveur du retour de Mayotte aux Comores par 110 voix contre une - celle de la France. En février 1995, l’entrée en vigueur du visa Balladur met un frein à la libre circulation entre les îles et déclenche le phénomène des kwassa-kwassa, embarcations sommaires qui servent à transporter les candidats au voyage d’Anjouan à Mayotte. On dénombre à ce jour plusieurs milliers de morts dans le bras de mer qui sépare Mayotte des autres îles de l’archipel.

[2] Police de l’air et des frontières.

[3] Le prénom a été changé.

[4] Le prénom a été changé.

[5] Habitant de Mayotte (ou Mahore).

Mardi 23 octobre 2007
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