Si l’on s’en tient à la définition du Petit Larousse :
Elite : ce qu’il y a de meilleur, de plus distingué dans une société.
Elites : personnes qui occupent le premier rang par leur formation intellectuelle.
Avant l’indépendance, l’élite intellectuelle émanait directement de l’élite sociale, par une volonté du colonisateur de formater ses futurs cadres, parce que la démocratisation de l’enseignement n’était pas instaurée, dans ses colonies, comme d’ailleurs en métropole. La bourse d’études était souvent accordée comme une récompense à la collaboration, même si dans le même temps une sélection des « cerveaux » n’était pas absente.
Cela n’a pas empêché l’émergence de quelques brillants intellectuels. Pendant que quelques-uns uns choisirent de s’insérer dans la classe politique comorienne,
parfois avec brio, d’autres firent défaut à la nation, en privilégiant l’exil, le silence, et leur destin individuel.
Après l’indépendance, l’épopée Ali Soilih, si elle a permis l’érection d’une théorie du
développement, la culture d’un patriotisme et d’une identité nationale n’a pas su concilier compétences et idéologie, s’appuyant sur le verbe et la malléabilité d’une élite inachevée et
immature.
La tragédie du FD découle de son propre fonctionnement, bâti sur le culte des leaders, à l’envergure intellectuelle quelquefois médiocre, éloigné des réalités sociologiques du pays, et se nourrissant des frustrations sociales ; le FD, comme beaucoup de partis socialistes dans le monde sacrifiant au militantisme et à sa survie plutôt qu’à la transformation politique du pays.
On ne peut cependant pas ignorer sa conduite résistante à l’oppression.
L’époque Abdallah, vit l’étouffement de cette élite intellectuelle, l’élévation en classe politique des notables, sans même qu’une théorie du pouvoir soit conçue et ceux qui surent s’y intégrer la transformèrent en rente de situation.
Puis vint l’ère de la « démocratie », l’ère des technocrates, les vrais et les faux…alors que le pouvoir tenta de se transformer en seul gestionnaire, sans ambition, sans projets. Et le diplôme fut confondu avec la compétence, et le diplôme fut le sésame qui ouvrit les portes de l’être et du paraître plutôt que celui de l’action.
Et, nous en sommes là, submergés par la horde des « techniciens » promus « experts », des diplômés qui exigent comme un dû une place au pouvoir, dans les cadres organiques, sans adhésion aucune à un projet global, sans même exprimer de théorie de la réforme, sans volontés et sans rêves, simplement adoubés à un chef, interchangeable.
Corruption, suffisance, Grand Mariage, sont les attributs de leur passage !
Ils sont responsables par exemple de l’énorme échec de notre éducation nationale, parce que soucieux de leur sort, ils n’ont pas appréhendé le devoir qui était le leur d’élever des générations capables de penser, d’agir. Ils ne renvoient que leur propre médiocrité.
Et ceux qui sont réduits au silence, ceux qui à force d’accumuler dégoût, déception, ont l’impression de n’avoir plus de pays ont-ils renoncé à tout jamais ? Sans aucun doute, il reste encore des voix, des compétences, des rêves. Mais reste-t-il un pays ?
Il ne leur reste que des mots ! C’est aussi ce que l’on voudrait leur faire croire !
On leur renvoie le mépris de leurs mots, on leur renvoie le mépris de leurs rêves ! On fait de l’argent le seul moteur de la survie, en ignorant qu’au-delà de sa fonction, il y a encore une âme comorienne, une fraternité, de l’honneur gratuit, et une émulation collective à reconquérir pour écrire une histoire !





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