Par Olivier
Carer
Dans l’actualité, un clou chasse l’autre. Les gesticulations du G20 ont fait déjà oublier le référendum de Mayotte dont l’improbable score de 95%, digne d’une république bananière, aurait dû susciter à lui seul le doute.
En écoutant distraitement le 20 heures, Mimile, dans le fond de son fauteuil, s’est bien sûr senti flatté de savoir qu’en 2009, 200 000 africains de culture musulmane de cet ilot perdu de l’Océan indien voulaient devenir Français comme lui. Personne ne peut lui en vouloir de ne pas avoir mesuré pour la France les conséquences démographiques, identitaires ou financières de cette incongruité institutionnelle ; pas davantage, il n’aura remarqué le paradoxe d’une départementalisation outre mer à l’heure de la suppression du département dans l’hexagone.
Côté politique, on aura attendu vainement, notamment des partis nationaux, un communiqué de dénonciation de cette pitrerie électorale et politique.
Comme contribuables, comme citoyens français, nous avons un intérêt à agir pour contester devant le Conseil Constitutionnel la légalité de cette pantomime électorale: Si des avocats spécialisés voulaient bien y travailler, les motifs d’annulation à faire valoir sont nombreux et, peut-être, décisifs:
- Illégalité de l’annexion
Le principe même du référendum est illégal s’agissant de l’annexion pure et simple d’un territoire faisant partie historiquement d’un pays devenu un état indépendant. Comme tous les nations décolonisées, les Comores ont droit à l’application du principe d’intangibilité des frontières qui interdit à une puissance coloniale de découper les régions en fonction de résultats partiels. En l’occurrence, le référendum de 1975 sur lequel s’appuie l’actuelle procédure référendaire a été jugé illégale au regard du droit international par l’ONU et l’Unité Africaine.
- Illégalité de la procédure
Le rattachement plein et entier à la France de 200 000 personnes -qui seront un million dans dix ans- exige à tout le moins l’accord des Français, c’est-à-dire un référendum en France. Sauf à admettre une conception au rabais de la nationalité française et ouvrir la voie à toutes les dérives ultérieures, la citoyenneté française ne peut s’acquérir par une manifestation unilatérale de volonté. Comme pour la Nouvelle Calédonie en son temps, la question de Mayotte exigeait un référendum concomitant sur le territoire français.
- Irrégularités des conditions du vote
En l’absence d’état civil fiable, le référendum a été organisé avec des listes électorales approximatives, non contrôlables, constituées sans même pouvoir déterminer la nationalité des votants.
- Irrégularités dans le déroulement de la campagne
Aucun partisan du non n’a été appelé à s’exprimer, pire, ils ont été réduits au silence par un matraquage étatique disproportionné. Selon des principes désormais bien fixés de notre droit
électoral, l’implication de collectivités publiques dans une campagne est un motif d’invalidation immédiat du résultat.
Par ailleurs, il n’est pas abusif de dire que le vote a été acheté depuis des mois avec des subventions massives et des promesses d’avantages sociaux.
- Irrégularités dans les conditions de déroulement du vote
Les conditions même de surveillance des bureaux de vote n’ont pas été de nature à garantir un scrutin sans fraude; les bureaux de vote ont été entièrement contrôlés par les autorités françaises sans possibilités réelles pour les opposants au référendum de vérifier le bon déroulement du scrutin.
D’un point de vue de l’éthique, la France qui espère littéralement acheter un bout de territoire étranger, se discrédite moralement notamment aux yeux des pays pauvres. Personne n’est dupe sur les véritables motivations du vote « oui » qui ne reflètent pas une affection réelle pour la France mais le désir, compréhensible pour des miséreux, de bénéficier d’avantages matériels en échange du renoncement à leur culture. L’état de nécessité dans lequel a été obtenu ce consentement populaire le vicie totalement.
Quoiqu’en dise la propagande officielle, les Mahorais sont Comoriens et doivent le redevenir officiellement, quitte pour la France à apporter son aide à l’Etat des Comores. C’est là la seule la voie de l’honneur.
source: http://fr.altermedia.info
L'île de Mayotte, dans le canal de Mozambique, est devenue française le 25 avril 1841 suite à une convention entre le sultan local et un officier de marine français.
Très pauvre, peuplée de plus de 200.000 habitants et encore régie par le droit coutumier coranique, l'île est en passe de devenir un département d'outre-mer après le référendum du 29 mars 2009.
Située dans l'archipel des Comores, Mayotte (374 km2) est en fait constituée de deux îles : Grande Terre et Petite Terre (ou Pamandzi), entourées d'un récif corallien et d'un lagon que l'on dit le plus beau du monde ! On la surnomme l'île au lagon ou encore l'île aux parfums, en raison de la présence en abondance de l'ylang-ylang, un arbre à fleurs jaunes utilisées en parfumerie.
Après plus d'un siècle de souveraineté française, rien n'a bougé sur l'île sinon que la population a crû très fortement, passant de 3.000 habitants en 1841 à plus de 200.000 au début du XXIe siècle, à quoi s'ajoute un grand nombre de Mahorais installés en métropole (le reste de l'archipel représente 2200 km2 et 700.000 habitants en 2005).
Les habitants de Mayotte, que rien ne distingue de leurs voisins des autres îles, parlent en très grande majorité une langue bantoue (africaine), le shimaoré. Les autres parlent un dialecte malgache, le shibouski. Le français demeure une langue d'importation comme en Afrique noire. Tous les habitants ou presque sont musulmans. Ils suivent le droit islamique appliqué par 22 cadis (juges) officiels. La polygamie est tolérée par la loi française mais interdite aux nouvelles générations nées après 1985. La production se réduit à quelques productions vivrières et les exportations, insignifiantes, à des clous de girofle et du parfum dérivé de l'ylang-ylang.
Entre Madagascar et l'Afrique, les Comores, un archipel hors du temps, sont, au XIXe siècle, l'objet de luttes incessantes entre les chefs locaux, les «sultans batailleurs». Leur principale activité est dans le trafic d'esclaves à destination du Moyen-Orient.
Le sultan d'origine malgache Andriantsouli qui règne sur Mayotte, en bisbille avec son voisin de l'île d'Anjouan, appelle au secours un Français, le commandant Pierre Passot. Par le traité du 25 avril 1841, il cède son île à la France en contrepartie d'une indemnité de 1000 piastres !
C'est ainsi que Mayotte, alors peuplée de 3.000 habitants à peine entre dans le giron de la France. Jusqu'à la fin de l'époque coloniale, la présence française à Mayotte et aux Comores se ramène à très peu de chose, l'archipel n'ayant guère d'intérêt pour la métropole.
L'esclavage est néanmoins aboli à Mayotte dès le 9 décembre 1846, soit sous le règne de Louis-Philippe et avant le décret de Schoelcher. Il est vrai que l'abolition n'affecte ici les intérêts d'aucun planteur européen...
De proche en proche, les
sultans voisins demandent à bénéficier du protectorat de la France et en 1887, l'ensemble de l'archipel (Mayotte, Anjouan, Grande Comore et Mohéli) devient colonie française.
Au XXe siècle, les Comores seront de fait gouvernées à partir de la colonie voisine de Madagascar. Surpeuplées, pauvres et sans ressources, elles n'intéressent guère l'administration coloniale. Isolées loin du golfe Persique et des grandes routes maritimes, elles n'ont d'autre part aucun intérêt géostratégique...
Après la Seconde Guerre mondiale, Paris dissipe les espoirs des élites qui, aux Comores comme à Madagascar et même en Afrique noire, caressent l'espoir d'une intégration pleine et entière dans la République. Par une loi du 3 janvier 1968, quelques années après l'indépendance de ses colonies africaines, la France concède à l'archipel des Comores une large autonomie interne, prélude à l'indépendance. Mais dès lors, Paris accumule les maladresses en réveillant la rivalité entre les îles (*).
Ainsi la capitale administrative est-elle transférée de Dzaoudzi (Mayotte) à Moroni (Grande Comore). L'arrogance des nouveaux fonctionnaires ne tarde pas à indisposer les Mahorais. Pour ne rien arranger, le gouvernement français, conseillé par Jacques Foccart, parie sur un riche commerçant d'Anjouan, Ahmed Abdallah, pour diriger le pays après l'indépendance. On espère qu'il saura se montrer accommodant avec l'ancienne métropole. Mais l'homme, irascible et sans assise politique, fait peur aux Mahorais qui, pour s'en protéger, proclament leur «attachement indéfectible» à la France.
Le référendum décisif a lieu le 22 décembre 1974. Les Mahorais se prononcent à 63% contre l'indépendance et les autres Comoriens à 95% pour ! Le Parlement, embarrassé, décide de faire fi de la légalité internationale et exige que la future Constitution des Comores soit approuvée île par île. Le président Valéry Giscard d'Estaing ne s'y oppose pas.
Le 3 août 1975, Ahmed Abdallah est renversé. Trop tard pour changer le cours des choses. Le 8 février 1976, les habitants de Mayotte affirment par référendum à 99% leur volonté de rester dans le giron de la France.
Depuis lors, l'île est administrée par des fonctionnaires venus
pour l'essentiel de métropole. Elle est toujours revendiquée par le gouvernement comorien qui a l'appui de la communauté internationale. Cela dit, les dissensions au sein des Comores et la
quasi-sécession de l'île d'Anjouan rendent caduc le risque d'une mainmise des Comoriens sur Mayotte.
Les Mahorais n'ont pas pour autant retrouvé l'envie de quitter le cocon tricolore pour l'indépendance. Après s'être détachés du reste des Comores sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, ils ont enfin obtenu de se prononcer le 29 mars 2009 sur la transformation de leur collectivité en département d'outre-mer, à l'image des vieilles colonies de la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion.
La départementalisation de Mayotte va nécessiter de la part des Français, dans les décennies à venir, des efforts humains et financiers considérables :
- administration de type colonial : fonctionnaires métropolitains avec primes et avantages matériels conséquents, méconnaissance de la langue française,
- principaux commerces aux mains de marchands indo-pakistanais,
- incompatibilité du droit coutumier coranique et de la loi française,
- niveau de vie très bas et absence de toute activité économique significative ; le déversement d'argent public sous forme de primes aux fonctionnaires et d'aides sociales rend illusoire
toute activité de production et condamne Mayotte à l'assistanat permanent,
- forte pression migratoire en provenance des Comores, de Madagascar et de plus en plus de l'Afrique des Grands Lacs ; cette immigration est attisée par la prochaine introduction du RSA,
revenu social d'insertion (on compte déjà, en 2009, à Mayotte plusieurs milliers d'enfants clandestins à la charge de la collectivité et dont la mère a péri dans un naufrage).
Il n'est pas interdit de penser que le cadeau empoisonné de Mayotte, 101e département français, apparaisse dans les prochaines décennies comme le legs le plus lourd de conséquences de la présidence Sarkozy...
Notons, à la veille du référendum, un aveu stupéfiant d'Yves Jégo concernant l'immigration clandestine : le secrétaire d'État à l'outre-mer espère «créer une union entre les Comores et Mayotte pour que ces questions de circulation des personnes soient régulées». Une façon de considérer que la réunification de l'archipel est à terme inéluctable, soit que Mayotte rejoigne l'Union des Comores, soit que celle-ci entre de facto dans la République française !





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