Communiqué
Relatif au crash, aux Comores, de l’A310 de Yemenia Airways
Suite à l’accident dramatique de l’Airbus A310 de la compagnie Yemenia Airways, survenu aux Comores ce
30 juin 2009, l’Amicale Panafricaine (AP) exprime sa solidarité et sa sympathie au peuple comorien et aux
familles endeuillées.
L’AP estime que dans cette affaire, il y a plusieurs niveaux de responsabilité et appelle chaque entité à
prendre les mesures qu’imposent les circonstances avec dignité.
L’État comorien d’abord. Si Yemenia pouvait se permettre tout et n’importe quoi vis-à-vis des Comoriens, c’est
parce qu’elle bénéficiait d’une quasi impunité manifeste de la part des autorités comoriennes. Celles-ci
auraient d’ailleurs fait un transfert de souveraineté à cette compagnie, selon les dires de ceux qui ont pu voir
le contrat qui les lie. Il y serait notamment écrit que Yemenia sera consultée pour toute demande de
transporteur voulant assurer la desserte des Comores (« Request from any new carrier intending to operate to Moroni/
Comores Island will be consulted with Yemenia ») ; et que Yemenia fait office de compagnie nationale des Comores
(« In line with establishing of the national carrier for Comores Yemenia will submit a request to attain Traffic Right of Comores
between Moroni and Paris, since Yemenia has been nominated as the National Carrier of the Federal Islamic Republic of
Comores »).
Les autorités comoriennes portent une grande responsabilité dans cette affaire, car elles ne pouvaient pas ne
pas savoir. La diaspora comorienne n’a eu de cesse de les alerter sur les conditions d’insécurité des avions
A310 de cette compagnie, et sur le mauvais traitement que subissent les passagers comoriens. Tous les
témoignages des passagers comoriens, sans exception aucune, font état du mépris, voire de violence
traumatisante, dont certains gardent encore les séquelles physiques et psychologiques, qu’ils subissent de la
part de cette compagnie lors des trois dessertes hebdomadaires. Peut-être que la cupidité de certains
serviteurs (corruptibles) de l’Etat, ne leur a pas permis de réagir à temps. Mais on peut aussi se demander
comment Yemenia a pu obtenir l’agrément de l’État comorien sans vérification des garanties de sécurité.
Quant à la France, elle savait aussi, mais a laissé faire. Elle avait le devoir de faire l'information la plus
adaptée à ses ressortissants concernant des compagnies que ses propres investigations ont déclarées non
fiables. Elle a pourtant laissé des citoyens français, ou tout simplement des êtres humains, embarquer dans
des "avions cercueil", qu’elle a interdit de survol de son espace aérien pour non conformité aux normes de
sécurité aéroportuaires. De toute évidence, la liaison Sanaa-Djibouti-Moroni n’a pas semblé suffisamment
intéressante pour justifier la mise en garde nécessaire. On peut imaginer que les économies réalisées par
Yemenia, en se servant de ses A310 vétustes, lui permettent d’acheter à Airbus les A330 neufs acceptables
dans les aéroports français et européens. On peut aussi penser qu’il n’est pas diplomatiquement correct de
fâcher un État ami, actionnaire de la compagnie. Mais, peut-on imaginer que ces seules considérations ont
valu le sacrifice de ces vies humaines vraisemblablement moins cotées à la bourse des opérations
commerciales des dominants ?
Pour les deux États, il s’agit, au minimum, de négligence, mais cela ressemble plus à une « non-assistance à
personnes en danger», voire une complicité passive à la mise en péril de vies humaines.!
La culpabilité de Yemenia n’est ni à démontrer, ni à discuter. Mais en plus, cette compagnie continue à faire
montre d’un mépris inacceptable à l’endroit de sa clientèle hors Europe, comorienne en particulier. En pareille
circonstance, toute autre compagnie dirigée par des humains éduqués, aurait suspendu au moins le vol
suivant. Mais pendant que les sauveteurs tentaient difficilement de retrouver les corps des victimes, la
direction de cette compagnie, qui n’a même pas présenté des condoléances aux familles endeuillées,
préparait le vol du lendemain dans les mêmes conditions, c’est-à-dire avec leur autre A310 pourri. Elle croit,
en outre, pouvoir échapper aux poursuites judiciaires en proposant quelques subsides ridicules, destinés
probablement à fissurer la cohésion des Comoriens dans cette affaire. Les juristes auront à statuer, mais pour
le cas de Yemenia il ne pourrait s’agir que d’homicide.
L’Amicale Panafricaine en appelle à la conscience des voyageurs eux-mêmes, qui doivent refuser de se
laisser trimballer comme du bétail. Les Comoriens doivent boycotter les vols de Yemenia Airways. Ils doivent
mettre en place des rencontres, impliquant les partis et la société civile, aux Comores comme au sein de la
diaspora, pour examiner tous les prolongements possibles.
En outre, l’AP demande au gouvernement comorien, mais aussi à celui de Djibouti pour ce qui le concerne :
.. la suspension immédiate de l’agrément accordé à cette compagnie. Aucun vol dans le sens France-
Djibouti-Comores ne doit plus avoir lieu
.. d’exiger de Yemenia qu’elle ramène en France, les passagers ayant déjà effectué ce trajet, indirectement
via d’autres compagnies fiables, ou en y affrétant un de ses avions répondant aux normes et acceptés en
Europe
.. la dénonciation du contrat qui les lie
.. la constitution d’une commission d'enquête formée de Comoriens de divers bords
.. la poursuite judiciaire contre les responsables du transport comorien convaincus de complicité avec la
compagnie Yemenia, au détriment des passagers comoriens.
Il serait hautement irresponsable de ne faire que constater que ce qui s’est passé était écrit et que nous
devons nous plier à la volonté divine !
Fait à Paris, le 3 Juillet 2009
Pour l’AP
ABDOU Ahmed
Secrétaire à l’information


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